NOH BACH

Performance - Danse

"Chercher des angles et provoquer des incidences : telle serait l’idée. Sans réduire, ni grossir.
C’est pourquoi nous avons voulu rapprocher la musique de Bach du théâtre Nô. Il y a là tout ce qu’il faut de points de rencontre : exigence implacable et minutieuse, contrôle étourdissant de tous les paramètres possibles de l’espace et du temps, intensité, intensité toujours désirée, tendue, toujours trouvée. Grandeur. Et puis le texte, le texte ancien, précis, inflexible, qui doit vivre à l’instant, irradié.
Il y a quelques années nous avions tenté avec Masato Matsuura l’aventure d’un Rosaire de Heinrich Biber mêlé de théâtre Nô. Cette rencontre apportait une réponse particulièrement convaincante à la difficulté de présenter dans le cadre du concert une oeuvre qui n’a pas été conçue pour lui, une oeuvre complexe, raffinée, difficile, austère peut-être, mais puissante et fascinante. En relation avec les thèmes du Rosaire, des Nô de femmes avaient été présentés. Depuis, j’ai rêvé d’un programme qui permettrait de faire valoir la grande variété du répertoire de Nô, un programme que l’on construirait pour elle et grâce à elle, cette variété qui est aussi celle des affects et de la théâtralité des musiques dites baroques.
Et puis, comme Masato Matsuura n’est pas seulement un grand acteur de Nô, mais qu’il maîtrise une palette impressionnante de techniques séculaires qu’il parvient à relier au coeur de sa démarche exceptionnelle, des danses de sabre et des gestes simplement issus du Nô nous feraient comprendre que l’éventail est un sabre, que le sabre ne cherche pas seulement la mort, que l’élégance des hommes qui dansent – qu’il s’agisse de samouraïs ou d’occidentaux du dix-septième siècle, de seigneurs, de paysans ou de prêtres – est celle
d’hommes qui se préparent à la guerre, le guerre qui est d’abord combat intime contre soi-même et les limites que l’on souhaite élargir."

 

Frédérick Haas

Fondateur, Ensemble Ausonia